La mauvaise répartition des richesses, l’absence de dialogue social, le chômage, le non respect de l’environnement, poussent notre modèle sociétal vers le mur. Alors, cap sur le développement durable qui ne doit pas être réduit à la seule dimension écologique, mais doit prendre en considération : le respect de l’environnement, la rentabilité de l’entreprise et l’équité sociale. Les trois piliers du développement durable sont interdépendants, en interaction et nécessitent leur prise en compte simultanée avec une grande performance. Qui mieux que l’organisation en réseau peut le faire ? Je pense que l’entreprise peut jouer un rôle moteur dans la grande mutation qui s’annonce, mais à condition de revoir ses finalités et de miser davantage sur son capital humain. Les organisations de demain s’attacheront donc à changer les mentalités de nombreux dirigeants, puisque leur rôle est devenu essentiel pour développer, changer et transformer un système humain resté trop longtemps figé. Nous vivons actuellement une extraordinaire période de transition au carrefour d’une époque révolue et d’un monde nouveau. Le monde n’a jamais évolué aussi vite et les ruptures sont considérables. Même si les plus flagrantes sont technologiques, les mutations sociales et sociétales deviennent aussi importantes, bien que moins visibles et plus profondes. C’est un signal pour l’entreprise qui doit accorder satisfaction à ses clients, respecter ses salariés, intéresser ses actionnaires et s’engager dans son environnement. C’est dans celui-ci que vivent ses collaborateurs, qu’elle puise la compréhension de la société et des changements qui créeront l’activité de demain. Avec l’ère industrielle, l’humanité a changé d’échelle. La croissance matérielle à accru la consommation des ressources du globe et exerce des pressions croissantes sur la biosphère. Certes, le modèle actuel permet une croissance économique génératrice de richesses, mais accroît également les inégalités sociales et économiques à l’intérieur de chaque pays . Des continents entiers pourraient disparaître sans qu’en soit affectée la vie quotidienne du citoyen occidental. Avec de tels déséquilibres, la marmite n’est pas très loin de l’explosion et notre modèle de société arrive à ses limites. Et pourtant, le paradoxe est éclatant : jamais les pays occidentaux n’ont été aussi riches, jamais les sociétés n’ont été aussi inégalitaires. Si l’économie de marché contribue largement à la diffusion des améliorations et des progrès techniques, elle comporte aussi une suite de déséquilibres tant sociaux qu’écologiques. Le marché, malgré son efficacité, est incapable à lui seul de réguler tous les problèmes de notre société, des adaptations sont donc indispensables. Ce nouveau regard réside dans la prise de conscience que l’activité économique ne peut exister et se développer que si est assurée la reproduction de la sphère sociale et de la biosphère. Une telle affirmation se fonde sur les apports de l’analyse systémique qui met en évidence qu’un sous système ne régule pas les systèmes qui l’englobent. Or, l’économie étant incluse dans la société, elle-même est incluse dans la biosphère. Le marché, qui n’est d’ailleurs qu’un constituant de l’économie, ne peut prétendre imposer son mode de fonctionnement à tous les niveaux du système réel qu’est notre planète. Il ne s’agit pas à d’abolir le marché dont l’efficacité est remarquable, mais à en cantonner le libre fonctionnement par des systèmes régulateurs dont le dépassement mettrait en péril la survie de la nature et de la société. Il devient donc impératif d’utiliser d’autres indicateurs non monétaires complémentaires au PIB pour prendre en compte d’autres richesses immatérielles produites. Pour partager les richesses produites, il faut d’abord les créer ! Qui mieux que l’entreprise peut le faire ? Aujourd’hui, les entreprises d’un nouveau type sont les seules organisations qui peuvent réussir à franchir simultanément tous les seuils de la globalisation, puisque, quelle que soit leur taille, elles sont devenues globales et agissent au niveau mondial. Elles développent également des stratégies de long terme, se maillent en réseaux, deviennent souples, interactives, flexibles, performantes, innovantes, capables de gérer la diversité et le risque.

Réformes de nos institutions : plus de performances

On ne peut pas parler de développement durable si on prend le problème uniquement par l’entreprise même si c’est un acteur majeur. L’entreprise ne doit pas supporter tous les efforts, il faut également que nos institutions changent en profondeur puisqu’elles sont en interaction avec l’entreprise et l’environnement. L’Etat et les pouvoirs publics n’échapperont pas à la mesure de leur performance comparée à celles d’autres pays performants. Pourquoi ne pas utiliser comme pour l’entreprise des agences de notation, ce serait une excellente façon de faire progresser nos institutions ! Quant à nospolitiques, ils ont également une lourde responsabilité dans le non changement de notre société, surtout lorsque retentissent les sirènes électorales. Peut-on construire un pays lorsque l’on ne se soucie plus que de son élection ? Les organisations de demain s’attacheront donc à changer les mentalités de nombreux dirigeants ou bien elles devront leur offrir d’autres postes. Leur rôle est devenu essentiel pour développer, changer et transformer un système humain resté trop longtemps figé pour être capable de s’adapter à ce nouveau monde. Les grandes réformes de l’entreprise se feront par de nouveaux types de managers, par la pression exercée par le citoyen qui vote en remplissant son caddie, par les fonds éthiques, par un lobby consumériste et par un classement transparent des entreprises soumises à des indicateurs de performance économique, sociale et environnementale. Mais pour que naisse une nouvelle société, il faut que se développe un esprit évolutionnaire, que se crée un consensus pour le changement, qu’une alternative soit mise en place au contrôle de l’information par le pouvoir, que la notion de parti politique se transforme et que l’établissement d’une véritable démocratie devienne le cheval de bataille unique des forces du changement. Mais attention, ce n’est pas une révolution qu’il faut faire, ce serait la pire des choses, cela équivaudrait pour nous tous à scier la branche sur laquelle nous sommes assis. C’est à un modèle évolutionnaire qu’il faut penser en développant un nouvel interface pour mailler l’entreprise à l’association et aux collectivités territoriales. Il y aura probablement des amateurs pour monter dans l’arche de cette nouvelle société, mais probablement quand il commencera à pleuvoir sérieusement !

Un nouveau modèle : la mise en réseau de l’entreprise et de l’association

Pour remplir leur mission, les entreprises et les associations ne pourront plus faire cavalier seul, elles devront se mailler avec la région, créer des réseaux et nouer des partenariats pour être efficaces. Même si au départ leurs univers semblent bien éloignés avec des finalités différentes, les entreprises et les associations seront amenées à s’unir pour prendre en compte le respect de la solidarité et de l’environnement. La complémentarité est évidente, l’association a les mêmes problèmes qu’une entreprise puisqu’elle doit gérer ses flux de ressources, développer le « marché » du don, fidéliser ses donateurs, ses adhérents, ses bénévoles et ses salariés. Comme une entreprise, elle devra mieux cibler ses actions, devenir plus efficace, avoir de nouvelles formes de partenariat et instaurer des codes déontologiques. Elle doit apprendre, à l’instar des entreprises, la façon de manager des équipes et de lever des fonds en s’inspirant des meilleures pratiques. Le maillage des entreprises et des associations dans leur région permettra d’assurer l’interface de rencontre, de fédérer leurs actions, d’améliorer l’interactivité de chacun, de catalyser leur énergie, de concilier la diversité des projets, de partager et capitaliser les compétences de chacun et leurs moyens financiers. Le réseau s’inscrit dans la durée et dans la vision globale des besoins des deux partenaires, pour contribuer au processus de solidarité indispensable, mais pas encore assez formalisé. Le maillage des partenaires de toutes tailles trouveront leur compte dans cette forme de collaboration pour assurer une liaison permanente entre réseaux régionaux, nationaux et internationaux. Dans un monde devenu global, seul le réseau de partenaires permettra de mailler toutes les synergies entre la consommation, la production, le financement et les échanges de services de façon à ce que chacun s’appuie sur l’autre. L’organisation du maillage de l’entreprise et de l’association est inspirée par la structure en réseau que les entreprises les plus performantes ont mis en place dans le cadre de la mondialisation pour assurer leur survie. Pourquoi ne pas utiliser les mêmes armes que l’entreprise dynamique pour se battre contre la mondialisation de la pauvreté et de l’exclusion? Ce nouveau modèle interactif en réseau aura le dynamisme d’une bicyclette dont le pédalier ne sera plus uniquement la croissance !